Mercredi 14 avril 2010 3 14 /04 /Avr /2010 04:30

 

 

 

 

 

 

Tous ces mots qu'on dit sans vouloir rien, juste comme des passerelles sur le vide

Tous ces mots battus par le temps celui qu'on donne et qui nous prend

Donneuse de mots de conseils de tendresse modulée

Voilà ce que je suis devenue

Un torchon que je tords


Et les mots qui blessent les mots paresse ceux qu'on engraisse d'un rien

d'une mauvaise humeur d'une mauvaise tumeur

Quelque part tu meurs je le sais parce que moi aussi

c'est mon cri mon eau qui dort mon remords

ma lie le nid que je fuis mon ennui cet ennemi aussi


Les doigts gourds sur ce clavier où rien ne va assez vite

Et ces mots qui m'écoeurent quand ils prennent la place des couleurs

Mes doigts meurent c'est pour eux que je pleure

Mes doigts meurent mes mots aussi

Ils viennent s'enterrer ici attendant les fleurs d'inconnus passants

le mords aux dents, reniflant la chair en peine

la vie qui fuit

coule

se roulent

dedans

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


Par la vieille dame indigne - Publié dans : dans quel état mon âme - Communauté : mémoire et écritures
Allers... - Les 1 cailloux à la fenêtre ...
Mardi 13 avril 2010 2 13 /04 /Avr /2010 20:13

Une fourmi fait un trajet
De cette branche à cette pierre
Une fourmi, taille ordinaire
Sans aucun signe distinctif
Ce matin, juin, je crois le sept.
Elle porte un brin, un fétu
Cette fourmi, taille ordinaire
Qui n'a pas la moindre importance
Passe d'un trot simple et normal

Il va pleuvoir, cela se sent
Et je suis seul. Moi, seul au monde
Ai vu passer cette fourmi
Au temps des Grecs et des Romains
D'autres fourmis couraient ainsi
Dont rien jamais ne parle plus
Cette fourmi, taille ordinaire
Sans aucun signe distinctif
Qui serait-elle ? Comment va-t-elle ?

Et toi et moi qui sommes-nous ?
Et comment tournent les planètes
Qui n'ont pas la moindre importance ?
Que fait l'histoire au fond des cœurs
Et comment battent ces cœurs d'hommes
Qui n'ont pas la moindre importance ?
Que font les fourmis de l'esprit ?

Ce matin, juin, je crois, le sept.
Sans aucun signe distinctif
Il va pleuvoir, cela se sent
Cela fera du bien aux champs
- Et ta fourmi, taille ordinaire
Qu'en as-tu fait ? Que devient-elle ?
Crois-tu qu'elle était amoureuse ?
Crois-tu qu'elle avait faim ou soif ?
Crois-tu qu'elle était vieille ou jeune
Ou triste ou gaie ?
Intelligente ou bien quelconque ?
Pourquoi, pourquoi
Pourquoi, pourquoi
Ça n'a-t-il pas plus d'importance ?
Pourquoi, pourquoi
Ça n'a-t-il pas plus d'importance ?
Pourquoi... Pourquoi
Pourquoi... Pourquoi
Pourquoi... Pourquoi
Pourquoi ?


NORGE

Par la vieille dame indigne - Publié dans : Encore un peu - Communauté : mémoire et écritures
Allers... - Les 1 cailloux à la fenêtre ...
Mardi 13 avril 2010 2 13 /04 /Avr /2010 20:03

intrigue_nea.jpg

Ill: Intrigue Néa par Sandorfi

 

 

 

 

 

 

 

 

Avec  Beigbeder, là, les enfants, je crois que la littérature française touche le fond de la cuvette pour de bon.

Après avoir entendu ce matin à France Inter Bettina Rheims parler de sa dernière exposition, après l’avoir entendue dire qu’elle préférait la pornographie à l’érotisme, parce que le côté « porte jarretelle » de l’érotisme, n’était pas son truc, voici que je tombe de Charybde en Scylla et que j’ouvre donc « 99 francs » de Beigbeder. J’en ai tellement entendu parler de ce type, que je me suis dit allez, fais un effort achète son bouquin. J’ai donc acheté « 99 francs » et aussi un Paul Auster que j’ai bêtement laissé à la maison.

Vous m’imaginez, plongée au milieu de vieilles dames respectables surfant sur la vague du thermalisme remboursé par la Sécu ouvrant au hasard une page*(* 129) :

  « La vie se compose d’arbres, de maniaco dépressifs et d’écureuils »

Je me dis ça commence plutôt bien c’est sympa, poétique…J’enchaîne, pleine d’espoir et de soif littéraire :

« Oui, on peut dire qu’il va mieux maintenant, il se branle six fois par jour. (En songeant à Anastasia qui pourlèche le con d’Edwina qui boit son sperme)….. »

Ca continue comme ça quasiment à chaque page… Quatre pages d’énumération de produits de luxe dont j’ignorais l’existence et le journal d’une consommation de cocaïne qui justifierait à elle toute seule qu’on nous passe tous au scanner  même à l’aéroport de Lorient.

Comme le disait si justement je ne sais plus qui : A quoi bon dire pendant cinq pages qu’on déteste quelque chose alors qu’on pourrait les consacrer à quelque chose qu’on aime ? CQFD .

Donc cette page suffira. Ca faisait longtemps que lire un livre ne m’avait pas autant mise mal à l’aise.

A la limite, ce n’est pas tant la vulgarité tellement banale  des termes employés qui m’indispose, plutôt leur répétition jusqu’à l’écœurement.  Bien sûr, il dénonce les comportements décrits mais on sent une jouissance certaine à se vautrer dans la fange.

Quant à Bettina Rheims, quoi de plus convenu que son discours au sujet de l’artiste qui doit lâcher prise, tout lâcher, passant de l’érotisme bon ton à la pornographie chic, au sexe trash, j’en passe et des meilleures…

Bien sûr, l’artiste peut, et doit tout dire, tout lâcher. « Avec l’âge, on apprend à devenir plus malicieux…Jamais je n’aurais imaginé que la vieillesse pouvait nous affaiblir à ce point » Je regarde « le château ambulant », une fois encore, et la leçon est si belle et si poétiquement donnée.

Moi non plus, l’érotisme en porte jarretelle ne me tente pas. Les termes  crus sont des espèces de tartes à la crème si souvent entendus, la vie sexuelle si souvent étalée comme une pâte qui en perdrait tout son goût.

Je  crois qu’il existe pour l’artiste des dépassements  qui mènent ailleurs.  Je ne tiens pas à mettre en scène la misère sexuelle de mes contemporains. Même si la misère est intemporelle et universelle. Le bonheur c’est autre chose, mais encore tellement plus fragile.

En ce moment je travaille le nu en aquarelle. Nous en avons déjà souvent parlé avec certains d’entre vous.

Le nœud se trouve-t-il dans le lien impalpable avec le modèle ? Dans cet acte de don qui est d’amour sans l’être, charnel sans y toucher, spirituel ? Ce qui est particulier à l’homme serait alors cette mystérieuse alchimie qui passe par le corps et exhale l’esprit ? Je ne sais pas. Je cherche encore et toujours. Je sais ce que je ne veux pas.  Je ne veux pas la  banalisation, la vulgarité. Mon maître est Sandorfi. J’ai eu un tel choc en découvrant sa peinture. Des années de reprises des poses, ces drapés si particuliers. Les poses, si souvent presque les mêmes, comme un compositeur qui revient sans cesse sur une montée d’arpèges insatisfaisants, qui revient inlassablement, irrésistiblement. Des erreurs aussi, des errances.

Combien de faux pas nous menant dans l’impasse ? Combien de fois posons-nous les pinceaux sans savoir si un jour nous les reprendrons ?

Quelle étrange quête que celle du peintre.

La mienne n’en est qu’au début.

Par la vieille dame indigne - Publié dans : Marchands de certitudes
Allers... - Les 11 cailloux à la fenêtre ...
Mardi 13 avril 2010 2 13 /04 /Avr /2010 07:58

Mercredi soir

 

 

On parlait comme ça, tu te rappelles. Arnaud et Laure dansaient amoureusement, et moi, j'avais envie de faire pareil avec toi. Maintenant mes cheveux ont poussé et toi, on t'a coupé les tiens. Envie d'être avec toi, de dormir avec toi.

Nous avons parlé un peu avec mes hôtes. Tout baigne dans l'huile. Ici le mot "bien" signifie "ça pourrait aller plus mal". Et j'ai du mal à m'y faire. Moi je suis là dedans, frustrée, violente, impulsive, maladroite. Je ne dois pas me plaindre. C'est déjà tellement bien d'être hébergée ici. Je dis "vachement" quand ils disent "énormément", j'ai honte.

Guéris ma bouche, guéris ma peau qui t'appellent. Pour moi, rien n'est "bien" mais je reconnais que ça pourrait être pire, toujours ça pourrait l'être.

 

Mais je suis heureuse que ça tire à sa fin, bientôt tu seras près de moi.

 

Je ne veux pas que tu restes à l'hôpital, leur hôpital, ni pour toi, ni surtout pour moi. Car je ne pense qu'à moi quand je t'interdis de forcer le mal pour que ça aille plus vite. Si tu allais plus mal, je deviendrais dingue. Je ne suis pas faite pour le 13h 19h avec bus 3 et puis 5 ou 5 et 3. Tu vois quelle horreur d'égoïste tu as épousée.

 

Je veux partir d'ici, t'emmener avec moi. Je ne suis pas "bien" et pour moi tu n'es pas "bien". Je sais : ça pourrait aller plus mal et patati et patata.

 

Ce soir j'ai envie de toi désespérément. Je ne sais plus la douceur des retrouvailles quotidiennes. Tu ne sais plus la coulée douce et sans surprise, sans violence, sans spasmes. Je ne connais plus l'abandon. Toi non plus. Je sais. Je te rencontre au plus caché de moi, là où ça fait le plus mal, là je sens ta douleur qui éclate, celle de l'incertitude, celle de la peur, celle de l'impatience, celle de la haine, celle de l'impuissance. T’embrasser là-bas, à quoi ça rime ? Dépasser la violence impuissante, retrouver l'équilibre douillet et dormir avec toi. Ne pas gémir de mal d'amour. Dresser nos corps comme des murailles, marcher dans la rue habillés comme les autres. Je hais tout ce qui sépare les gens. Je hais de toutes mes forces brûlées, éperdues, innocentes et gâchées. Je hais ce qui transforme douceur en violence, équilibre en mal d'être.

 

Toi je t'aime, dans tout ce fatras. Je hurle de toutes mes fibres, de tout mon sang chaviré de n'être pas près de toi, tout près, immobile et heureuse. Te rendre heureux. Dieu tout ce temps perdu ! Tout ce temps pour me laisser reprendre par toi. Nous ne sommes plus les mêmes.

 

Je te crie que je t'aime.

 

Ton silence est vivant comme tes mains.

Par la vieille dame indigne - Publié dans : Lettres à l'ours blanc - Communauté : mémoire et écritures
Allers... - Les 4 cailloux à la fenêtre ...
Lundi 12 avril 2010 1 12 /04 /Avr /2010 19:30

 

 

 

 

Me voici repartie pour une semaine de cure ! Cette fois-ci j’ai loué un petit appart quasi luxueux pour moi toute seule ! Nous sommes hors saison, et cette petite perle me revient moins cher que deux semaines à l’hôtel ! J’ai un grand lit pour moi toute seule, un canapé lit pour le jour où j’en ai marre de dormir dans le grand lit avec moi toute seule  et un petit fauteuil dépliable pour le jour où je veux être sûre d’être toute seule avec moi-même bien serrée…

Je n’ai pas réussi à taper correctement les mots « toute seule » une seule fois dans ce texte…Manque d’habitude !! Dégoût ?!! Refus sans aucun doute. Le désir de solitude et moi, ça fait deux. Ca c’est pour les gens qui ne me connaissent pas encore très bien.

Mon zom ? Ben non, il n’est pas là. Il faut bien qu’il y en ait un qui bosse.

A la cure ce matin, l’ambiance était un peu différente de la semaine dernière. La moyenne d’âge, comme la température extérieure, a chuté d’un coup, il doit y avoir des zones qui sont en vacances seulement à partir de cette semaine et qui envoient les petits doudous se requinquer à coup de pröest dans le nez. Vous ne connaissez pas les pröest* ? Bienheureux que vous êtes !! Il s’agit d’un instrument de torture qu’on vous enfonce dans une narine et qui vous balance de l’eau soufrée, tandis que le médecin vous aspire les mucosités avec une espèce d’aspirateur à saloperie de l’autre… (Tiens, j’ai fait aussi une faute de frappe à « aspirateur » !! Ca alors ! Serais-je allergique aussi à l’aspirateur ?!).

Bon, en clair l’arrivée des tout petits curistes, ça signifie concert de hurlements garantis et pleurs non stop pendant vos nébulisations. (Non, je ne vais pas vous expliquer AUSSI les nébus…). Sachez juste que le principe de la cure c’est de vous balancer un maximum de soufre dans  tous les trous qui vous servent en principe à respirer (Non, les autres, ils ne s’en occupent pas, mais si ça vous excite, sachez qu’on peut aussi  aller se balader en tongs et maillots dans « la grotte » où là on en prend par tous les coins. Moi non. Je refuse. Il y a des choses comme ça que je ne peux pas me résoudre à faire, question de dignité personnelle. Je l’ai fait une fois, ça m’a suffi, dix minutes pour vous déshabiller, enfiler votre peignoir de curiste (on a tous le même), vos tongs de curiste, votre bracelet de curiste qui porte le numéro de votre casier, dix minutes à tourner en rond dans une grotte étouffante avec d’autres curistes déprimés comme vous qui tournent dans l’autre sens parce qu’ils font ça depuis deux semaines et que là, ils ont décidé de mettre un peu de fantaisie dans leur séjour…Dix minutes pour récupérer vos habits civils… Non. )

Cette année j’ai  également  magouillé pour échapper aux bains de sel dans le nez, je suis très fière de moi. Bon, je n’échappe pas au pröest, il faut ce qu’il faut. Le médecin, sympa, après que je lui aie avoué que l’année dernière j’avais zappé assez vite les lavements de nez pour cause de décapage intensif des fosses nasales (c’est simple, j’avais l’impression qu’on me les nettoyait au lance flammes à chaque fois…), le médecin, donc, compatissant a alors remplacé ces séances quotidiennes de torture par la kiné respiratoire.

La kiné respiratoire en cure c’est le pied. Enfin, pour le kiné, parce que pour les pauvres curistes, c’est mortellement répétitif. Je me demande combien il est payé le mec pour nous faire lever la jambe en position allongée, (mémés en jupe, à éviter), couchés sur le flanc, répétant vingt fois de suite : « respirez….soufflez…. ». Je tente des petites variantes mais souvent je me fais repérer, au lieu de souffler par la bouche je souffle par le nez, comme au tai shi, mais là, ô sacrilège, la bouche seule peut souffler !! Le nez est l’organe exclusivement réservé à l’inspiration ! Soit. J’ai décidé de rester pudique sur tout ce que je crois ma bouche capable de faire.

En même temps, c’est tellement drôle de le voir me faire les gros yeux comme si j’avais cinq ans… et de me faire reprendre à l’ordre avec son petit accent espagnol qui roule des R. Bon, j’essaye de la faire sérieusement quand même. Ma vie en dépend, et si jamais j’en doutais des tas de panneaux accrochés aux murs me le rappellent sans cesse : Mucoviscidose….(et là s’en suit un article digne de wikipédia)… ablation du poumon…. « L’asthme est une maladie inguérissable, de nature chronique »…Bref, si vous n’étiez pas totalement déprimé en arrivant, vous l’êtes à coup sûr en repartant.

 A L. il ne faut pas être ORL, il faut être psychologue et lancer des thérapies de soutien,   ça tombe sous le sens !

Ce qui n’est pas drôle non plus c’est que lorsque vous avez envie de vous taper une franche rigolade avec votre petite voisine d’en face qui a six ou sept ans, en mimant l’atterrissage d’un albatros sur cap Canaveral au lieu de faire l’exercice (levez les bras inspirez, baissez les bras soufflez …) vous déclenchez alors chez elle une quinte de toux qui la met KO pendant un quart d’heure, et là, je vous garantis que vous n’êtes pas très fier de vous.

Ca ne fait rien, dans ce petit monde clos, des complicités se nouent, j’ai lancé la mode des serviettes éponge pour remplacer leurs espèces de bavoirs en plastique destiné à nous protéger des projections d’eau en tous sens. Car tous les robinets fuient plus ou moins, il faut le savoir, et les petits nouveaux ne savent pas encore bien placer leurs inhalateurs en plastique aux endroits prévus à cet effet, ou bien ils tournent n’importe comment les gicleurs. Et ce qu’ils ignorent, pauvres débutants qu’ils sont, c’est qu’un gicleur, ça gicle.

Donc, quand vous arrivez de bonne heure à la cure, vous pouvez encore vous installer sur les tabourets sans vous mouiller les fesses, mais si vous arrivez un peu tard, comme moi, le lundi, après une demi-heure perdue dans les embouteillages toulousains, ville où il fait si bon vivre (au centre ville et à pieds et de préférence rue Croix Baragnon), vous ne trouvez plus alors que des lavabos perdus dans une marée d’eau soufrée, tels des atolls perdus dans l’Océan Pacifique après la montée des eaux. (Peu importe que ce soit à cause du magnétisme solaire ou des pets des vaches, le résultat à terme sera le même, il n’y aura plus d’atolls et plus d’ours polaires et la moitié de la planète n’aura plus d’eau potable). C’est là qu’intervient la susnommée incroyable serviette éponge. Parfois, les bottes en caoutchouc ne seraient pas de refus non plus.

Bref, après avoir expliqué pour la troisième fois à une petite dame comment on tournait les manettes pour s’en prendre plein le pif et non plein les mirettes, j’ai chaussé mes loupes, et j’ai ouvert mon  Beigbeder…et je l’ai refermé illico après avoir surpris le regard atterré de ma petite voisine de torture qui lisait par-dessus mon épaule, regrettable habitude commune à pas mal de petites vieilles.

 Je me souviens d’avoir pratiqué moi-même une fois cet exercice d’espionnage dans le métro, (oui, j’ai DEJA pris le métro) pour me venger d’être debout coincée entre la barre et les sièges au dessus d’un mec qui lisait l’air extatique et il se trouve que c’était un manuscrit (Soudain ce mot me parait presque obscène… !), narrant une relation pornographique entre deux mecs…de quoi me vacciner à vie contre ce genre de voyeurisme, je vous l’assure.

Beigbeder donc, eh bien ce sera en partie l’objet de mon billet suivant.

 

Par la vieille dame indigne - Publié dans : blague à part - Communauté : écriture "expérimentale"
Allers... - Les 4 cailloux à la fenêtre ...

renaître ici encore une fois .

Les grands frères


Amis pleins de rumeurs où êtes-vous ce soir

Dans quel coin de ma vie longtemps désaffecté ?

Oh ! Je voudrais pouvoir sans bruit vous faire entendre

Ce minutieux mouvement d'herbe de mes mains

Cherchant vos mains parmi l'opaque sous l'eau plate

D'une journée, le long des rives du destin !

Qu'ai-je fait pour vous retenir quand vous étiez

Dans les mornes eaux de ma tristesse, ensablés

Dans ce bief de douceur où rien ne compte plus

Que quelques gouttes d'une pluie très pure comme les larmes ?

Pardonnez-moi de vous aimer à travers moi

De vous perdre sans cesse dans la foule

O crieurs de journaux intimes seuls prophètes

Seuls amis en ce monde et ailleurs !

 

René Guy Cadou

 

 

 


L'HOMME APPROXIMATIF (extrait)

 

I

 

dimanche lourd couvercle sur le bouillonnement du sang

hebdomadaire poids accroupi sur ses muscles

tombé à l'intérieur de soi-même retrouvé

les cloches sonnent sans raison et nous aussi

sonnez cloches sans raison et nous aussi

nous nous réjouirons au bruit des chaînes

que nous ferons sonner en nous avec les cloches

 

quel est ce langage qui nous fouette nous sursautons dans la lumière

nos nerfs sont des fouets entre les mains du temps

et le doute vient avec une seule aile incolore

se vissant se comprimant s'écrasant en nous

comme le papier froissé de l'emballage défait

cadeau d'un autre âge aux glissements des poissons d'amertume

 

les cloches sonnent sans raison et nous aussi

les yeux des fruits nous regardent attentivement

et toutes nos actions sont contrôlées il n'y a rien de caché

l'eau de la rivière a tant lavé son lit

elle emporte les doux fils des regards qui ont traîné

aux pieds des murs dans les bars léché des vies

alléché les faibles lié des tentations tari des extases

creusé au fond des vieilles variantes

et délié les sources des larmes prisonnières

les sources servies aux quotidiens étouffements

les regards qui prennent avec des mains desséchées

le clair produit du jour ou l'ombrageuse apparition

qui donnent la soucieuse richesse du sourire

vissée comme une fleur à la boutonnière du matin

ceux qui demandent le repos ou la volupté

les touchers d'électriques vibrations les sursauts

les aventures le feu la certitude ou l'esclavage

les regards qui ont rampé le long des discrètes tourmentes

usé les pavés des villes et expié maintes bassesses dans les aumônes

se suivent serrés autour des rubans d'eau

et coulent vers les mers en emportant sur leur passage

les humaines ordures et leurs mirages

 

l'eau de la rivière a tant lavé son lit

que même la lumière glisse sur l'onde lisse

et tombe au fond avec le lourd éclat des pierres

 

les cloches sonnent sans raison et nous aussi

les soucis que nous portons avec nous

qui sont nos vêtements intérieurs

que nous mettons tous les matins

que la nuit défait avec des mains de rêve

ornés d'inutiles rébus métalliques

purifiés dans le bain des paysages circulaires

dans les villes préparées au carnage au sacrifice

près des mers aux balayements de perspectives

sur les montagnes aux inquiètes sévérités

dans les villages aux douloureuses nonchalances

la main pesante sur la tête

les cloches sonnent sans raison et nous aussi

nous partons avec les départs arrivons avec les arrivées

partons avec les arrivées arrivons quand les autres partent

sans raison un peu secs un peu durs sévères

pain nourriture plus de pain qui accompagne

la chanson savoureuse sur la gamme de la langue

les couleurs déposent leur poids et pensent

et pensent ou crient et restent et se nourrissent

de fruits légers comme la fumée planent

qui pense à la chaleur que tisse la parole

autour de son noyau le rêve qu'on appelle nous

 

les cloches sonnent sans raison et nous aussi

nous marchons pour échapper au fourmillement des routes

avec un flacon de paysage une maladie une seule

une seule maladie que nous cultivons la mort

je sais que je porte la mélodie en moi et n'en ai pas peur

je porte la mort et si je meurs c'est la mort

qui me portera dans ses bras imperceptibles

fins et légers comme l'odeur de l'herbe maigre

fins et légers comme le départ sans cause

sans amertume sans dettes sans regret sans

les cloches sonnent sans raison et nous aussi

pourquoi chercher le bout de la chaîne qui nous relie à la chaîne

sonnez cloches sans raison et nous aussi

nous ferons sonner en nous les verres cassés

les monnaies d'argent mêlées aux fausses monnaies

les débris des fêtes éclatées en rire et en tempête

aux portes desquelles pourraient s'ouvrir les gouffres

les tombes d'air les moulins broyant les os arctiques

ces fêtes qui nous portent les têtes au ciel

et crachent sur nos muscles la nuit du plomb fondu

 

je parle de qui parle qui parle je suis seul

je ne suis qu'un petit bruit j'ai plusieurs bruits en moi

un bruit glacé froissé au carrefour jeté sur le trottoir humide

aux pieds des hommes pressés courant avec leur morts autour de la mort qui étend ses bras

sur le cadran de l'heure seule vivante au soleil

 

le souffle obscur de la nuit s'épaissit

et le long des veines chantent les flûtes marines

transposées sur les octaves des couches de diverses existences

les vies se répètent à l'infini jusqu'à la maigreur atomique

et en haut si haut que nous ne pouvons pas voir avec ces vies à côté que nous ne voyons pas

l'ultra-violet de tant de voies parallèles

celles qui nous aurions pu prendre

celles par lesquelles nous aurions pu ne pas venir au monde

ou en être déjà partis depuis longtemps si longtemps

qu'on aurait oublié et l'époque et la terre qui nous aurait sucé la chair

sels et métaux liquides limpides au fond des puits

 

je pense à la chaleur que tisse la parole

autour de son noyau le rêve qu'on appelle nous

 

Tristan Tzara




FOURMI



Une fourmi fait un trajet
De cette branche à cette pierre
Une fourmi, taille ordinaire
Sans aucun signe distinctif
Ce matin, juin, je crois le sept.
Elle porte un brin, un fétu
Cette fourmi, taille ordinaire
Qui n'a pas la moindre importance
Passe d'un trot simple et normal

Il va pleuvoir, cela se sent
Et je suis seul. Moi, seul au monde
Ai vu passer cette fourmi
Au temps des Grecs et des Romains
D'autres fourmis couraient ainsi
Dont rien jamais ne parle plus
Cette fourmi, taille ordinaire
Sans aucun signe distinctif
Qui serait-elle ? Comment va-t-elle ?

Et toi et moi qui sommes-nous ?
Et comment tournent les planètes
Qui n'ont pas la moindre importance ?
Que fait l'histoire au fond des cœurs
Et comment battent ces cœurs d'hommes
Qui n'ont pas la moindre importance ?
Que font les fourmis de l'esprit ?

Ce matin, juin, je crois, le sept.
Sans aucun signe distinctif
Il va pleuvoir, cela se sent
Cela fera du bien aux champs
- Et ta fourmi, taille ordinaire
Qu'en as-tu fait ? Que devient-elle ?
Crois-tu qu'elle était amoureuse ?
Crois-tu qu'elle avait faim ou soif ?
Crois-tu qu'elle était vieille ou jeune
Ou triste ou gaie ?
Intelligente ou bien quelconque ?
Pourquoi, pourquoi
Pourquoi, pourquoi
Ça n'a-t-il pas plus d'importance ?
Pourquoi, pourquoi
Ça n'a-t-il pas plus d'importance ?
Pourquoi... Pourquoi
Pourquoi... Pourquoi
Pourquoi... Pourquoi
Pourquoi ?


NORGE

 

« On est devenu soi-même imperceptible et clandestin dans un voyage immobile. Plus rien ne peut se passer, ni s'être passé. Plus personne ne peut rien pour moi ni contre moi. Mes territoires sont hors de prise, et pas parce qu'ils sont imaginaires, au contraire : parce que je suis en train de les tracer. Finies les grandes ou les petites guerres. Finis les voyages, toujours à la traîne de quelque chose. Je n'ai plus aucun secret, à force d'avoir perdu le visage, forme et matière. Je ne suis plus qu'une ligne. Je suis devenu capable d'aimer, non pas d'un amour universel abstrait, mais celui que je vais choisir, et qui va me choisir, en aveugle, mon double, qui n'a pas plus de moi que moi. On s'est sauvé par amour et pour l'amour, en abandonnant l'amour et le moi. On n'est plus qu'une ligne abstraite, comme une flèche qui traverse le vide. Déterritorialisation absolue. On est devenu comme tout le monde, mais à la manière dont personne ne peut devenir comme tout le monde. On a peint le monde sur soi, et pas soi sur le monde. » Gilles Deleuze




...par ici il y a du soleil !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Vagues à l'âme...

 

 

le temps qu'il me reste

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